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Survol au-dessus d’un nid de préjugés : éclairage sur les électrochocs

19 Novembre 2012 , Rédigé par Association Térapsy Publié dans #Décryptage

Depuis plusieurs années, la sismothérapie est redevenue un traitement majeur de la dépression. Du fait d’une amélioration de la technique et de la sécurité qui entoure sa réalisation, elle a confirmé son efficacité ainsi que sa sureté (beaucoup moins d’effets secondaires que les antidépresseurs). Tentative d’éclairage sur une technique qui reste pourtant énigmatique et qui fait peur.

Le fils et la fille du patient entrèrent dans le bureau médical et s’assirent face au médecin. Le psychiatre prit un air sévère.

- Etant donné la gravité de la dépression de votre père, nous appelons cela un épisode dépressif mélancolique, et surtout au vu de son âge, il a tout de même 80 ans, le risque d’effets secondaires aux traitements médicamenteux est important. Notamment les risques de rétention urinaire, de confusion, de diminution de la tension, de chutes et donc de fractures. On voit également parfois des problèmes cardiaques.

- Et quelles sont les autres possibilités ? s’inquiétèrent l’homme et la femme.

- Nous préconisons de réaliser plusieurs séances de sismothérapie, c’est en tout cas ce que nous faisons le plus souvent dans les cas de dépression sévère. Il n’y a pour ainsi dire qu’un seul effet secondaire, à savoir la perte de mémoire.

- Un seul effet secondaire ? s’étonna le fils du patient.

- Oui, maintenant que la technique est bien maîtrisée, nous ne rencontrons que très exceptionnellement d’autres complications. Les troubles de mémoire sont plus ou moins importants selon les patients, mais sont dans la très grande majorité des cas réversibles après l’arrêt du traitement.

- Et il marche bien ce traitement ? s’inquiéta la sœur.

- Oui. Sans contestations ! Une très bonne efficacité, parfois très rapide et spectaculaire après quelques séances.

Les deux enfants du patient dépressif semblèrent se détendre. Le médecin ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit une brochure explicative qu’il tendit à ses interlocuteurs.

- Vous avez sur cette plaquette plusieurs informations sur le déroulement des séances. Nous en réalisons trois par semaines. Il y a naturellement une anesthésie générale légère qui dure quelques minutes sous la surveillance d’un anesthésiste, qui permet d’éviter tout mouvement ou tout tremblement. Ce n’est plus comme dans les années 60 où le risque de fracture était très important car les patients n’étaient pas endormis. Au cours de la séance, le choc électrique dure quelques millisecondes et provoque l’équivalent d’une crise d’épilepsie.

Alors qu’il expliquait le déroulement de la séance, il vit les deux visages lui faisant face se décomposer, passer de l’incompréhension au ressentiment.

- Attendez ! Mais…vous nous parlez d’électrochocs là ? s’inquiéta l’homme.

- Oui, précisément. On ne parle d’ailleurs plus d’électrochocs, mais de sismothérapie ou ECT ou encore d’électroconvulsivothérapie.

- Ah non mais moi je refuse que mon père ait des électrochocs, s’écria la fille.

- Moi non plus, je ne veux pas de cette méthode barbare ! »

La contradiction évidente mise en lumière dans cette scénette montre combien la question de la sismothérapie reste problématique. Les enfants du patient oscillent en effet entre la décision raisonnée et raisonnable d’opter pour un traitement par sismothérapie et la décision émotionnelle de son refus, ancrée sur des a priori et un imaginaire dépassé.

Ce traitement développé dans les années 30, souffre encore de cette image désastreuse de thérapie considérée par beaucoup comme barbare et inhumaine. Le célèbre film « Vol au-dessus d’un nid de coucou », dont est tiré le titre de cet article, a joué sans conteste un rôle délétère dans la vision qu’on peut avoir de l’électroconvulsivothérapie. Le patient joué par Jack Nicholson doit en effet subir des séances d’ « électrochocs » (comme on les appelait à l’époque), alors qu’il n’est ni endormi, ni sédaté, ni même averti de ce qui va lui arriver. On le voit tressauter, souffrant visiblement beaucoup, le visage crispé, immobilisé de force par quatre grands gaillards et par l’infirmière qui lui tient la tête après lui avoir administré le choc électrique.

Même si le principe reste le même : déclencher une crise d’épilepsie avec une très brève impulsion électrique (la naissance de ce traitement reposait en effet sur l’observation d’une amélioration naturelle de l’état de santé de malades dépressifs après qu’ils aient fait une crise d’épilepsie, le traitement ne faisant donc que reproduire un processus naturel et humain), la technique a, fort heureusement, beaucoup évolué !

Aujourd’hui, les indications pour réaliser la sismothérapie sont claires : les dépressions résistantes aux antidépresseurs et les dépressions sévères, surtout s’il existe un risque suicidaire important. Les effets secondaires sont peu nombreux : des troubles de mémoire transitoires principalement. L’anesthésie générale courte, permet d’éviter toute douleur et tout tremblement du corps.

Ainsi, le recours à la sismothérapie ne doit plus faire peur. Les avancées techniques et la sureté de sa réalisation en font un traitement efficace souvent bien moins délétère que l’utilisation d’antidépresseurs à fortes doses.

Georges Nicolaieff, Psychiatre

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